Eddy Tessier Eddy Tessier

Une bonne corde, c’est comme une bonne paire de chaussettes

Quand je prends ma basse, c'est rarement pour dix minutes. Ce n'est pas mon fonctionnement. Quand je m'installe, c'est pour des heures. L'après-midi, il y a les balances. Puis vient la soirée, et certains soirs, ce sont plus de cinq heures de jeu, sans compter tout ce qui s'est passé avant. Mis bout à bout, il y a des journées où l'instrument ne quitte presque pas mes mains.

Quand je prends ma basse, c'est rarement pour dix minutes. Ce n'est pas mon fonctionnement. Quand je m'installe, c'est pour des heures. L'après-midi, il y a les balances. Puis vient la soirée, et certains soirs, ce sont plus de cinq heures de jeu, sans compter tout ce qui s'est passé avant. Mis bout à bout, il y a des journées où l'instrument ne quitte presque pas mes mains.

À force, j'ai fini par comprendre une chose toute simple : une corde, c'est comme une bonne paire de chaussettes. Quand on les enfile le matin, on ne se pose aucune question. Une petite couture mal placée, un tissu un peu rêche, ça ne gêne pas pendant une demi-heure, ni même pendant une heure. Mais au bout de cinq ou six heures, on ne pense plus qu'à ça. Le petit défaut qu'on n'avait même pas remarqué devient tout ce qu'on sent.

Avec les cordes, c'est exactement pareil. Sur un essai en magasin, presque toutes se valent. C'est sur la longueur qu'on découvre la vérité.

Quinze jours, et puis plus rien

Pendant longtemps, j'ai joué des Elixir. Sur le papier, tout était là : une marque connue, une réputation de longévité, une publicité qui promet des cordes qui durent. Dans la réalité, à mon rythme de jeu, ça ne s'est jamais passé comme ça. Au bout de quinze jours, elles étaient rincées. Le son déclinait vite, les aigus s'éteignaient, la basse perdait son relief. Et leur toucher ne m'a jamais vraiment convaincu non plus.

Je ne dis pas que ce sont de mauvaises cordes pour tout le monde. Pour quelqu'un qui joue une heure par semaine, l'expérience est sûrement différente. Mais pour un bassiste qui enchaîne les dates, quinze jours, c'est très court. Ça veut dire changer de jeu sans arrêt, avec le coût que ça représente. Ou alors, finir par jouer sur des cordes mortes en se disant que ça passera, que personne ne l'entendra dans la salle. Sauf que moi, je l'entends. Et surtout, je le sens.

La recherche

Un jour, j'ai décidé que je ne voulais plus faire de compromis. Je me suis mis à chercher une alternative, avec deux critères en tête : un toucher qui me plaise vraiment, et surtout une vraie durée de vie. Pas sur une étiquette, mais sur scène, dans des conditions réelles.

C'est comme ça que je suis tombé sur Optima, une marque allemande que je ne connaissais pas. J'ai monté un premier jeu sans trop savoir à quoi m'attendre. Et dès les premières notes, j'ai été bluffé.

Le toucher d'abord. Doux, presque tendre sous les doigts. Le genre de sensation qu'on oublie au bout de quelques minutes, et c'est exactement ce qu'on demande à une corde : se faire oublier pour laisser toute la place à la musique.

Puis le son. Un sustain qui tient, des graves lourds, profonds, qui posent vraiment le groove. Et des aigus colorés, brillants, avec une richesse que je n'attendais pas. Sur une basse 5 cordes, cet équilibre entre le bas et le haut du manche compte énormément.

Et enfin, la durée. C'est là que tout s'est joué. J'ai fait plus de la moitié de la saison d'été avec un seul jeu d’Optima Strings. Des balances, des soirées entières, la chaleur des scènes d'été, et elles tenaient toujours. Après des semaines de jeu, le son était encore là. Pour moi qui avais l'habitude de voir mes cordes s'éteindre en quinze jours, c'était un changement complet.

Mes doigts ne sentent plus les choses comme avant

Il y a aussi une raison plus personnelle pour laquelle tout ça compte autant pour moi.

Il y a quelques années, un accident de scie circulaire m'a coûté deux phalanges. Ça m'a éloigné de la musique pendant un long moment. Quand j'ai repris la basse, j'ai dû réapprendre à jouer avec une main qui ne réagissait plus de la même façon.

Depuis, mes doigts abîmés vivent les choses de manière étrange. Ils sont devenus ultra sensibles aux vibrations. Je sens chaque note résonner dans la peau, presque dans l'os. Mais à l'inverse, ils sont devenus beaucoup moins sensibles à la pression. Je ne sens plus vraiment la force avec laquelle j'appuie sur les cordes.

Concrètement, ça veut dire deux choses. D'abord, je peux me fatiguer la main sans m'en rendre compte, parce que je n'ai plus ce signal qui me dit que j'appuie trop fort. Une corde dure ou agressive au toucher, je la paie à la fin d'une soirée de plus de cinq heures. Ensuite, la vibration est devenue mon principal lien avec l'instrument. Quand une corde est morte, ce n'est pas seulement le son qui disparaît. C'est cette sensation dans les doigts qui s'éteint, et avec elle une partie du plaisir de jouer.

C'est pour ça que j'ai besoin de cordes agréables, qui ménagent ma main sur la durée. Et de cordes qui restent brillantes longtemps, pour garder cette vibration vivante sous mes doigts le plus longtemps possible.

Ce que je demande à une corde

Avec le temps, mes critères sont devenus très simples.

Une bonne corde doit se faire oublier. Elle doit être douce sous les doigts, pour qu'après les balances de l'après-midi et toute une soirée sur scène, je ne pense toujours pas à elle. Elle doit sonner, avec du corps dans les graves et de la couleur dans les aigus. Et elle doit durer, pas seulement quelques jours, mais assez longtemps pour que je puisse lui faire confiance soir après soir.

Parce qu'au fond, une corde n'est pas qu'une question de son. C'est une question de confort, de durée et de confiance. C'est elle qui fait le lien entre mes doigts et la musique. Et quand ce lien est bon, on peut jouer des heures sans y penser.

Comme une bonne paire de chaussettes.

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